

L'audition des seniors
Chez les hommes, tous âges confondus, la baisse auditive est la première déficience.
- Un homme sur quatre est concerné entre 60 et 79 ans ;
- Un homme sur deux à partir de 80 ans.
Chez les femmes, tous âges confondus, la baisse auditive est la quatrième déficience.
- Une femme sur six est concernée entre 60 et 79 ans ;
- Une femme sur trois à partir de 80 ans.
Source : d'après les chiffres de l'INSEE sur la base de 46 déficiences répertoriées.
Chez les Français de plus de 50 ans :
- Deux personnes sur trois ont une gêne auditive ;
- Une personne sur quatre a une réelle insuffisance de l'ouïe.
Source : d'après les chiffres de la SOFRES.
30 % des plus de 65 ans et 40 % au-delà de 80 ans ont une déficience auditive.
La baisse auditive prend de plus en plus d'ampleur au sein de la population pour trois raisons essentielles :
- L'allongement de la durée de vie ;
- L'augmentation de la population des tranches d'âge les plus concernées ;
- L'exposition de plus en plus fréquente aux bruits de loisirs a des effets sur l'audition, soit immédiatement, soit plus tard au cours de la vie.
Cette évolution se constate par la progression continue des ventes d'aides auditives depuis 15 ans.
On estime qu'environ 80 % à 85 % des appareillages le sont en raison de l'âge.
Naturel
La baisse de l'acuité auditive liée à l'âge est une altération physiologique naturelle des capacités sensorielles de l'oreille. Elle est à l'audition ce que la presbytie est à la vue, mais ses conséquences sont bien plus gênantes. Elle résulte d'une diminution progressive et continue du nombre des cellules auditives. Elle est donc évolutive et irréversible et aucun traitement ne permet de la ralentir. La seule solution est de la compenser par une amplification grâce aux appareils. La perte de l'ouïe est bilatérale et similaire sur les deux oreilles. Elle s'appelle "presbyacousie". "Presby" vient du grec qui signifie "vieux".
L'oreille dispose de deux types de cellules auditives :
- 12 500 cellules ciliées, dites externes, qui permettent de différencier les tonalités (aiguës, médiums, graves) et de reconnaître les sons. Ces cellules sont disposées en ligne sur 3 rangées.
- 3 500 cellules ciliées, dites internes, qui sont les seules à produire l'influx nerveux à la base de la sensation auditive. Disposées en une seule ligne, les premières traitent les extrêmes aigus et les dernières les extrêmes graves. Les cellules auditives sont très peu nombreuses comparées aux cellules visuelles.
Imperceptible au départ
L'évolution liée à l'âge est une réduction du nombre de cellules ciliées externes et internes de la cochlée. À ce stade, la disparition est :
- importante au niveau des cellules ciliées qui traitent les extrêmes aigus, inutiles pour reconnaître la parole dans le calme mais indispensables pour la reconnaître lorsqu'elle est émise simultanément à une autre source comme le bruit.
- faible au niveau des cellules ciliées qui traitent les aigus utilisés par la parole.
Ainsi, la baisse de l'acuité auditive est souvent imperceptible ou peu significative avant un âge avancé. Cependant, dans le bruit, la compréhension de la parole diminue normalement à partir de 65 ans en raison de la perte des cellules ciliées externes.
Exemple de progression d'une presbyacousie

- L'axe vertical représente l'intensité de la perte en décibels (dB). Le niveau 0 dB correspond à une audition parfaite. La perte est matérialisée par un abaissement de la courbe par rapport à 0 dB.
- L'axe horizontal représente les tonalités, 125 Hertz (Hz) est la plus grave et 8000 Hz la plus aiguë.
- La zone grisée est celle du champ de la parole. Lorsque la courbe de l'audition pénètre dans cette zone, un équipement auditif devient indispensable.
À partir de l'adolescence, nous perdons tous de l'audition sur les 8000 hertz, fréquence inutile pour la parole, nous n'en avons donc pas conscience. Certaines personnes, peu nombreuses, ont des difficultés à percevoir la parole avant 60 ans.
Chez certains, cette disparition naturelle des cellules s'intensifie vers la cinquantaine sans que l'on en prenne conscience, puisque sa lente évolution ne provoque encore aucune gêne.
Les cellules ciliées externes sont atteintes dans un premier temps. Comme elles permettent de différencier les sons, le 1er signe d'alerte provient des difficultés à distinguer et différencier la parole lorsque plusieurs personnes parlent en même temps ou en présence d'un bruit de fond, sans éprouver pour autant des difficultés auditives dans d'autres circonstances. La concomitance de ces deux phénomènes fait qu'il est inconcevable d'imaginer que l'on puisse commencer à moins bien entendre, d'autant que l'on n'entend pas moins fort. Le début de la baisse de l'audition est donc très sournois.
Les cellules ciliées internes sont atteintes de façon très progressive dans un deuxième temps. Comme cette atteinte commence par celles qui traitent les tonalités les plus aiguës de la parole, aux environs de 8000 Hertz, le 2ème signe d'alerte provient des difficultés à reconnaître les phonèmes, les syllabes, les mots, les sons les plus aigus, les autres étant bien perçus. Un mot peut alors être pris pour un autre.
Les graves apportent l'intensité sonore de la parole et les aigus la clarté et la finesse nécessaires à sa reconnaissance. Comme la baisse auditive porte uniquement sur les aigus, les tonalités les plus utiles à la compréhension de la parole, on n'a pas la sensation d'entendre moins fort mais d'entendre moins bien. Au début, l'atteinte est donc très sournoise.
La difficulté à percevoir les aigus se manifeste par : "J'entends mais je ne comprends pas."
- Les voyelles apportent beaucoup d'intensité sonore et sont nettement moins aiguës que les consonnes. Elles sont donc doublement plus faciles à percevoir lorsque l'atteinte auditive porte sur les aigus.
- Les consonnes apportent peu d'intensité sonore. Certaines sont difficiles à percevoir en raison soit de leur intensité trop faible, soit de leur tonalité trop aiguë, soit de leur prononciation trop brève.
C'est de la difficulté à percevoir les consonnes que vient la difficulté à reconnaître la parole. Les confusions de reconnaissance font prendre des mots pour d'autres comme "attitude", "aptitude" et "habitude" ou "six" et "dix". Ces erreurs d'interprétation provoquent parfois des confusions risibles qui mettent en évidence l'atteinte auditive.
La presbyacousie évolue :
- Par une aggravation de la baisse auditive sur les tonalités les plus atteintes, aux environs de 8 000 Hertz (extrêmes aigus).
- Par l'atteinte de nouvelles tonalités vers 4 000 Hertz (aigus) puis 2 000 Hertz (médiums), indispensables à la compréhension de la parole.
L'accumulation simultanée de ces deux phénomènes, qui accroît la différence de perception entre les graves et les aigus, rend la compréhension de plus en plus souvent difficile. Cependant, aucune difficulté n'apparaît dans les situations les plus faciles : en vis-à-vis, interlocuteur proche, voix et prononciation intelligibles et dans le calme.
Le 3ème signe d'alerte provient du niveau sonore auquel on écoute la télévision en raison du son de moins bonne qualité.
Le 4ème signe d'alerte provient des remarques de l'entourage qui se lasse de devoir répéter trop souvent et dont il faut tenir compte. Un retrait progressif s'installe, suivi d'une mise à l'écart inéluctable, tant au niveau familial que social.
Les sons graves, comme tous les bruits, sont bien perçus. Ils masquent donc les aigus, couvrent la parole et perturbent la compréhension, ce qui accroît les difficultés de conversation dans le bruit.
L'influence de l'âge sur le système auditif est très inégale puisque certains sont gênés avant 60 ans alors que d'autres ont une très bonne audition à plus de 80 ans.
C'est l'entourage qui décèle en général en premier la baisse de l'acuité auditive.
Lorsque la prise de conscience débute, la baisse de l'audition a commencé depuis longtemps.
| Situation | Exemples |
|---|---|
| Difficulté ou incapacité à distinguer et différencier deux sons émis simultanément à reconnaître la parole brouillée dans l'environnement sonore | |
| Lors des conversations où plusieurs personnes parlent en même temps | Repas de famille, réunion Débat télévisé Traduction en simultané |
| Lors des conversations à proximité d'autres conversations | Restaurant Magasin Cocktail |
| En présence d'un bruit de fond qui perturbe la perception de la parole | Bruit extérieur dans un lieu public Bruit perçu en plus de la voix de votre correspondant téléphonique En voiture même sans autoradio |
| Dans les locaux à forte réverbération sonore | Annonce sonore une gare, une station souterraine, une grande salle vide |
| Difficulté ou incapacité à reconnaître l'information sonore | |
| La compréhension est alternative | Des mots des phrases ne sont pas compris alors que les autres le sont parfaitement. Des mots sont pris pour d'autres. |
| Le son des sources audio n'est pas assez clair | Télévision Téléphone, mobile, tablette, PC Haut-parleur |
| À grande distance | Spectacle, conférence Office religieux Message sonore dans un lieu public |
| À courte distance | Personne située : - à plusieurs mètres - dans une pièce voisine |
| Difficulté ou incapacité à comprendre certaines personnes | |
| Au débit de la parole trop rapide | |
| À la voix trop faible et ou trop aiguë | Jeune enfant |
| Dont l'intensité de la voix chute à la fin des mots et des phrases | Parole étouffée |
| Celle que l'on ne voit pas de face | |
| Difficulté accentuée par l'absence de suppléance mentale, on ne peut pas deviner | |
| Lorsque le contexte ne permet pas de pallier l'information mal perçue ou non perçue | Le montant à payer donné oralement Le nom, le numéro du correspondant téléphonique que l'on ne connaît pas |
L'identification de l'influx nerveux provenant des cellules ciliées est assurée par d'innombrables interconnexions neuronales. Ces connexions évoluent perpétuellement en fonction des nouvelles informations sonores que nous percevons et intégrons.
La baisse des capacités auditives entraîne une diminution de l'influx nerveux correspondant aux tonalités et aux intensités altérées.
- Au niveau des noyaux cochléaires, les neurones censés traiter cet influx ne sont plus sollicités. Par conséquent, ils s'atrophient, perdent leurs connexions avec les neurones actifs et peuvent même finir par disparaître.
- Au niveau cérébral, les cellules nerveuses correspondantes se réorganisent pour se concentrer sur les dernières tonalités encore perçues.
Lorsque l'audition est restaurée par le port d'appareils auditifs, l'influx nerveux parcourt à nouveau les voies auditives.
- Les connexions neuronales se rétablissent, de façon plus ou moins complète, permettant de récupérer tout ou partie de leurs fonctionnalités.
- Les cellules cérébrales peuvent alors se réattribuer à leur tonalité d'origine. Grâce à la plasticité cérébrale, les facultés fonctionnelles de la partie du cerveau dédiée à l'audition se réorganisent pour s'adapter à l'amplification et aux nouvelles sonorités fournies par les appareils.
Ce changement physiologique nécessite une période d'adaptation lors d'un nouvel équipement. Plus une perte auditive est ancienne et importante sans avoir été compensée, plus la récupération des capacités auditives cérébrales sera difficile, longue, voire limitée, notamment passé un certain âge.
Important : À force de perdre l'habitude de percevoir les sons, le cerveau finit par ne plus savoir comment les exploiter et les comprendre.
Compenser la perte auditive de façon précoce par des appareils auditifs est indispensable pour réhabiliter puis préserver les capacités cérébrales de l'audition, essentielles à une bonne compréhension. À défaut, elles s'amenuisent avec le temps.
Le résultat d'un appareillage précoce s'améliore avec le temps. À l'inverse, un appareillage tardif est plus compliqué à gérer et s'avère souvent moins efficace, parfois de manière irrémédiable.
La presbyacousie, étant presque toujours bilatérale, requiert un équipement stéréophonique (des deux oreilles).
L'appareillage bilatéral améliore l'audition :
- Il améliore la perception des fréquences et des phonèmes, offrant une audition plus nette, ce qui accroît la reconnaissance des mots et procure une meilleure identification de la parole.
- Il permet de conserver un bon équilibre auditif lorsque la perte est plus ou moins symétrique.
Le système neurologique correspondant à l'oreille qui ne serait pas appareillée perd plus rapidement ses capacités en raison de son inactivité et ne les récupère pas, ou pas totalement, lors d'un appareillage ultérieur.
L'appareillage bilatéral permet une meilleure perception de l'environnement :
- Il augmente le champ auditif pour mieux percevoir les sons environnants.
- Il permet d'identifier la provenance des sons.
- Il permet d'estimer la distance de la source sonore.
Ces deux dernières capacités sont indispensables pour localiser les sources sonores et se positionner dans l'espace. Elles permettent, par exemple, d'identifier la personne qui se met à parler.
Les oreilles captent les sons dans des directions opposées. Un son arrivant d'un côté est perçu plus vite et plus fort par l'oreille située du même côté, ce qui permet de localiser sa provenance. Un déséquilibre auditif perturbe cette capacité. Il est donc nécessaire de percevoir les sons venant de toutes les directions pour les identifier, connaître leur origine et réagir de façon rapide et adaptée.
Une différence d'audition entre les deux oreilles nuit à la localisation des sons.
L'appareillage bilatéral procure un meilleur confort auditif dans un environnement bruyant :
- Il limite les difficultés de reconnaissance de la parole grâce à un meilleur contraste entre celle-ci et le bruit de fond.
- La tolérance aux bruits et aux sons forts est meilleure.
Porter un appareil binaural (deux oreilles) au lieu d'un appareil monaural (une seule) permet de doubler la quantité d'énergie sonore reçue pour un gain de 3 dB, sans pour autant que le son soit perçu comme deux fois plus fort. En conséquence, il faut moins d'amplification pour arriver à une même sensation d'intensité sonore. Moins d'amplification réduit les bruits environnants, améliore la compréhension et diminue la fréquence de l'effet Larsen (sifflement).
Avec une audition normale, 10 dB sont nécessaires pour entendre 2 fois plus fort. Avec une baisse auditive, moins de 10 dB sont nécessaires, mais cela dépend du degré de l'atteinte.
Les sifflements, grésillements (aigus) ou bourdonnements (graves) d'oreilles
Lorsqu'ils sont bilatéraux et fréquents, concernent surtout les personnes qui ont été exposées aux bruits au cours de leur vie. Ils sont appelés « acouphènes ».
L'appareil auditif peut contribuer à réduire la gêne provoquée par les acouphènes en restituant la perception des fréquences perdues (en particulier celles où se situent les acouphènes), ce qui a pour effet de les masquer. Si cela n'est pas suffisant, certains appareils génèrent un bruit blanc qui masque les acouphènes.
La réduction du champ auditif
"— Parle plus fort, je n'entends pas."
"— Mais pas si fort, je ne suis pas sourd !"
Cette situation paradoxale résulte de l'incapacité à percevoir les sons faibles et de l'intolérance aux sons forts (parfois douloureux), qui altèrent la compréhension. L'oreille ne perçoit pas le son jusqu'à un certain niveau d'intensité, à partir duquel elle le perçoit soudainement, comme si elle rattrapait son retard d'un seul coup. Lorsque l'intensité augmente au-delà de ce seuil, l'oreille perçoit le son comme étant trop fort, bien plus rapidement qu'une oreille normale. Le niveau sonore devient alors inconfortable.
Ce phénomène réduit le champ auditif à ses deux extrémités : au niveau du seuil de perception des sons faibles et au niveau du seuil de tolérance des sons forts. Plus la perte auditive augmente, plus le champ auditif se réduit et plus l'hypersensibilité aux sons forts s'accroît. Heureusement, ce phénomène, appelé « recrutement », ne se manifeste qu'à partir d'un certain niveau de perte auditive.
Par ailleurs, les appareils auditifs, grâce à un dispositif spécifique, écrêtent les sons forts pour protéger l'oreille et offrir un bon confort d'écoute en toutes circonstances.
Troubles spécifiques aux personnes âgées
Plusieurs troubles peuvent majorer les difficultés de compréhension :
- La fatigue générale ;
- La diminution des capacités intellectuelles nécessaires à la perception consciente : mémoire, attention, concentration, vivacité ;
- La diminution des capacités d'adaptation cérébrale, nécessaires lors du retour de la perception sonore suite à l'utilisation soudaine d'un équipement auditif.
| Caractéristique | Conséquence |
|---|---|
| Origine | Atteinte des cellules auditives appelées cellules ciliées, des fibres du nerf auditif, des neurones du système nerveux central |
| Facteur aggravant voire déclenchant | Origine génétique Exposition au bruit |
| Atteinte que l'oreille a subie tout au long de la vie et dont les séquelles apparaissent avec l'âge | Intoxication médicamenteuse Infection compliquée de l'oreille Traumatisme de l'oreille Maladie de l'oreille Maladie métabolique et cardio-vasculaire |
| Nature du trouble | Sensoriel |
| Tonalité atteinte | Au départ : les extrêmes aiguës Ensuite : les aiguës Ensuite : les médiums puis les graves |
| La perception de la parole est alternative | La perte des aigus, qui apportent la clarté sonore nécessaire à la reconnaissance de la parole, fait que certains mots sont mal perçus |
| Sensation d'intensité sonore | Pas de sensation d'entendre moins fort Les graves qui apportent l'intensité sonore sont toujours bien perçus |
| Compréhension dans le calme | Alternative |
| Compréhension dans le bruit | Immédiatement affectée Le bruit peut être mieux perçu que la parole |
| Identification de la provenance du son | Affectée, elle se détériore avec l'âge - Ne pas savoir d'où l'on vous parle |
| Réaction à l'information sonore | Parfois inadaptée - La voiture que l'on n'entend pas arriver - La sonnerie à laquelle on ne répond pas |
| Tolérance au son fort (Phénomène appelé sur-recrutement) | Se dégrade avec l'évolution de la perte auditive Le son faible est imperceptible et le son fort est intolérable |
| Bourdonnement, grésillement, sifflement (appelé acouphène) | Apparition et développement possible avant ou pendant l'évolution de la perte auditive |
| Traitement médical ou chirurgical | Aucune solution |
| Prise en charge | Appareil auditif bilatéral indispensable |
| Conséquence neurologique de la perte auditive non équipée | Baisse de la capacité de traitement de l'influx nerveux de l'audition par les neurones et le cerveau. |
| Conséquence d'un équipement tardif chez le senior | Moindre récupération de la capacité neuronale et cérébrale de l'audition Moindre reconnaissance de la parole Moindre tolérance au monde sonore L'appareil est jugé inefficace et ou perturbant, il n'est plus porté. |